CINÉMANIE est un ciné-club associatif qui permet la diffusion de films
d'auteurs,
en partenariat avec le CINE- CASINO
d'Auxerre. L'association se réunit tous les premiers mardis du mois au Foyer des Jeunes Travailleursà Auxerre à 18h30
(plan
mappy) Contacts : Cinémanie
350 rue du stade 89000 St-Georges s/B Tel : 03 86 48 10 68
LUNDI 18 Mai à 19h45 :
La projection de Pelleas et Mélisande sera suivie d'un débat animé par le J.M Singier, compositeur et professeur d'analyse musicale au Conservatoire de Musique
d'Auxerre
Du samedi 27 Juin au vendredi 03 Juillet
2009 : FÊTE DU CINÉMA
Pour l'achat d'une place au tarif habituel, un pass, remis au spectateur, donnera droit aux entrées à 3 € pour toutes les séances et pour tous les films durant ces 7 jours.
Avec : Sandra Corveloni, João Baldasserini, José Geraldo Rodrigues…
Sao Paulo. 20 millions d'habitants, 200 km d'embouteillage, 300 000 coursiers. Au coeur de cette ville
en transe, quatre frères essaient de se réinventer de manières différentes. Reginaldo, le plus jeune, cherche obstinément son père ; Dario rêve d'une carrière de footballeur, mais
l'âge, 18 ans, le rattrape; Dinho se réfugie dans la religion tandis que l'aîné, Denis, déjà père d'un enfant, gagne difficilement sa vie. Leur mère, Cleusa, femme de ménage qui élève seule ses
quatre enfants nés de pères différents, est à nouveau enceinte. À l'image d'un Brésil en état d'urgence et en crise identitaire, tous cherchent une issue.
Après Carnets de Voyage , Walter Salles, accompagné de Daniela Thomas, sa compagne, revient à ses premiers amours : le Brésil, la famille, la
pauvreté, thèmes déjà abordés dans Central Do Brasil, mais cette fois ci, sans le mélodramatique larmoyant. D’un réalisme sobre, il nous montre une ville tentaculaire, sombre, sale, loin
de la carte postale affichée habituellement, et suit le parcours d’une mère, Cleuza, et de ses 4 fils qu’elle a eu de pères différents. Différence de sang, différence de peau,
différence de vie, différence de rêve, par un subtil montage en forme de puzzle, le cinéaste brosse à petites touches les portraits sensibles et émouvants de ces cinq personnages et permet
de réaliser une radiographie authentique de la société brésilienne actuelle. De Reginaldo, vrai-faux conducteur de bus, qui cherche son père et ses origines, Dinho, le croyant, le religieux,
Denis, le coursier à moto qui veut gagner plus d’argent et Dario qui rêve de devenir footballeur professionnel, tous vont être confrontés à la dure réalité de l’argent et souffriront de cette
discrimination sociale. Véritable pivot, pilier de cette fratrie non conventionnelle, la mère tentera de les raisonner, malgré sa situation également difficile : elle attend un cinquième
enfant d’un père, une nouvelle fois, inconnu et devra faire avec pour gagner sa vie.
Tous galèrent sérieusement. Franchir la ligne, mettre à mal ses croyances et ses convictions pour se réaliser, affronter ses échecs, le titre « linha de
passe » désigne un échange de passes entre joueurs d’une même équipe de football sans que le ballon touche le sol ou soit intercepté par l’équipe adverse. C’est en utilisant cette métaphore
de la famille brésilienne qui tente de s’entraider dans cette société n’offrant que corruption, violence et pauvreté que Walter Salles construit son film à mi chemin entre la fiction et le
documentaire. Car, au travers de cette famille, c’est tout un pays qu’il croque, un pays à la dérive qui s’accroche aux dernières planches du salut qui lui reste : la religion, l’argent, le
football…. C’est triste, simple, attachant, émouvant et angoissant. Accompagné par la musique de Gustavo Santaolalla, n’hésitant pas à utiliser les rythmes de Carinhos Brown notamment pour filmer
les scènes de football, un peu cliché il est vrai, la mise en scène reste identique pour chaque personnage. D’un rythme assez lent, on peut être surpris par la méthode « zapping »,
hachée, pour passer d’une histoire à une autre mais on ne pourra rester insensible à l’excellent jeu des acteurs et à l’interprétation de Sandra Corveloni, qui a obtenu le prix
d’interprétation féminine à Cannes en 2008.
Coloré, réaliste et juste, ce film ne vous laissera pas indifférent.
C.A
Horaires des séances
jeu. 18 Juin
19h45
ven. 19 Juin
14h00
sam. 20 Juin 16h30
dim. 21 Juin 19h45 lun. 22 Juin 16h30
mar. 23 Juin 19h45
Avec : Gianni Di Gregorio, Valeria Di Franciscis, Marina Cacciotti ...
Prix du Meilleur Premier Film au Festival de
Venise 2008
Prix du public et prix Jean Carmet au Festival
d’Angers 2009
L’affiche nous l’annonce tout de go : « le grand retour de la comédie Italienne ». Et s’il s’agit de traiter d’une situation sociale de notre temps avec
sourire, cocasserie et bonhomie, oui c’est réussi !
Gianni, la cinquantaine, célibataire, sans emploi, vit seul avec sa vieille mère et se débat dans des soucis d’argent . Ils vivent dans un bel appartement mais
n’ont pas payé les charges depuis longtemps et risquent des poursuites pour non-paiement. Le syndic a la solution, il apure la dette en échange d’un service : garder sa vieille mère et sa
tante le week-end du 15 Août. Le médecin, ami de la famille, a lui aussi un problème : une garde à l’hôpital ; alors en échange d’une consultation gratuite, Gianni gardera sa
mère !
Et voilà Gianni qui se retrouve avec quatre vieilles dames, au demeurant pas faciles à vivre, chacune enfermée dans son égoïsme et ses problèmes de santé.
Une chance, la cuisine et la préparation d’un gratin de pâtes, arrosé de petits verres de Chablis, va rassembler ces individualités sur la défensive.
Et petit à petit l’atmosphère va se détendre et les dames vont se lâcher, loin du poids de la discipline imposée par leurs enfants.
Le pauvre Gianni aura bien du mal à les calmer à coup de camomille au somnifère.
Tant et si bien que personne ne veut repartir le deuxième jour et Gianni doit trouver à manger dans Rome vide de ses habitants et de ses commerçants. Les billets de
100 € offerts par ces dames faciliteront ses recherches.
Mine de rien, cette comédie nous fait réfléchir sur cette situation, de plus en plus fréquente, du vieillissement de la population et de sa gestion par
la génération des cinquantenaires qui, au lieu d’être enfin libres de vivre pour eux-mêmes, se retrouvent avec des parents vieillissants et vivants de plus en plus vieux.
Au fond, elles ne demandent pas grand- chose, ces ‘souris grises’ : de l’attention, rire, s’amuser, faire des bêtises et le droit de ne pas être cantonnées
dans une vie quotidienne sans intérêt et sans surprise. C’est bien de nous le dire dans une Rome où on a envie de flâner !
Liliane Chatelain
Horaires des séances
jeu. 21 Mai
19h45
ven. 22 Mai 14h00
sam. 23 Mai 16h30
dim. 24 Mai 19h45 lun.
25 Mai
16h30
mar. 26 Mai 19h45
Réalisation : Morris Engel, Ray Ashley, Ruth Orkin
Avec : Richie Andrusco(Joey), Richie Brewster (Lennie), Winnifred Cushing (la
mère), Jay Williams (Jay)
Lauréat (ex-aequo avec 5 autres films) du Lion
d’Argent à Venise en 1953.
Le New-York Times l’a classé parmi les 1000
films incontournables de l’histoire du cinéma
Grâce à la société Carlotta Films et à son travail de mémoire remarquable, Le Petit Fugitif trouve enfin une seconde vie auprès du public
français.
Le Petit Fugitif raconte l’histoire d’un petit garçon de Brooklyn et d’une mauvaise blague, de son grand frère Lennie, qui va se transformer
en fugue quasi initiatique pour le gamin. Joey, sept ans, une petite bouille craquante criblée de taches de rousseur, deux dents en moins sur le devant, son révolver en plastique au côté, rêve de
chevaux et de cow-boys. Nous sommes dans un quartier populaire de Brooklyn des années 50, mais les gamins qui jouent dans la rue ressemblent comme deux gouttes d’eau aux gamins photographiés par
Doisneau à la même époque. On pourrait aussi se croire, par moments, dans un film néoréaliste italien. Aux détours des tribulations de Joey, c’est toute une époque et une atmosphère qui prennent
vie.
Joey ne lâche pas son grand frère et ses copains ; il veut tout faire comme les grands. Irrités de le traîner toujours derrière eux, ils décident de simuler un
accident de carabine. Persuadé d’avoir tué son frère, Joey prend la fuite pour échapper à la police qui, pense-t-il, le poursuit (après, tout de même, avoir chipé l’argent des commissions). Il va
se retrouver à Coney Island, station balnéaire, véritable Luna Park, où les New-Yorkais des quartiers populaires viennent se distraire quand il fait beau. Là, va commencer pour Joey deux
jours d’aventures extraordinaires qui vont très vite effacer tout sentiment de culpabilité : tours de manège, hot-dogs, sodas, barbe à papa, il va s’en mettre jusque là avec l’argent des
commissions, quitte à s’en rendre malade ! Il va rencontrer Jay au stand des poneys, un adulte cool, intrigué par ce petit garçon débrouillard et solitaire.
Morris Engel porte sa caméra légère (une nouveauté) à l’épaule, la pose à même le sol au niveau des yeux d’un enfant de sept ans. Le spectateur voit tout avec le
regard émerveillé de Joey, il se faufile avec lui entre les jambes des passants, entre les corps étalés sur la plage. On a souvent envie d’arrêter certaines images, tellement la photographie en
noir et blanc est belle. Truffaut, quelques années plus tard, expliquera que, sans ce petit film new-yorkais bricolé par deux photoreporters, caméra au poing, ni Les 400
coups, ni A bout de souffle n’auraient vu le jour.
Splendide portrait d’enfant croqué sur le vif, reflet d’un New York aujourd’hui disparu, et précurseur de la Nouvelle
Vague , Le Petit Fugitif est à voir par tous …de 7 à 77 ans.
Danielle Lemitre
Horaires des séances
jeu. 28 Mai
19h45
ven. 29 Mai
14h00
sam. 30 Mai 16h30
dim. 31 Mai 19h45 lun. 01 Juin
16h30
mar. 02 Juin 19h45
Avec : Alexandru Potocean (Iancu), Meda Andrea Victor (Mara),Luminita Gherghiu…
Une équipe de télévision débarque, un jour, dans un village quelque part en Roumanie. Elle est accueillie par une prostituée fellinesque hors
d’âge ; de vieilles femmes en noir errent au milieu des maisons en ruine, fleurissent des tombes. Intrigué, le journaliste interroge le maire qui entreprend le récit
d’événements survenus il y a très longtemps…
Nous voici en 1953. La Roumanie est sous la botte soviétique. Mais dans le village, la vie des paysans semble encore préservée d’une pression trop rigoureuse. Le
maire communiste a beau se démener, il ne parvient pas à conduire les villageois dans la voie du collectivisme. Au lieu de se rendre aux réunions politiques, ils préfèrent, de loin, aller boire
un coup entre copains. Ce sont des gens simples et pittoresques qui cultivent une joie de vivre vigoureuse, aiment la bonne bouffe, trousser les femmes, et se retrouver tous ensemble devant
un verre d’alcool, à discuter de tout et de rien, à en découdre souvent, mais toujours sans conséquences.
Horatiu Malaele a su donner à son film un ton et une verve digne de Kusturica, à travers la truculence du propos, la musique tzigane, et la joie de vivre de ses
personnages. On pense aussi parfois à Fellini pour des séquences burlesques et poétiques comme l’arrivée d’un cirque coloré, des personnages décalés comme le nain érotomane ami du futur marié, ou
cet autre qui veut absolument voler avec des ailes bricolées, et aussi les apparitions surprenantes de cette jeune fille à la robe blanche ensanglantée.
Iancu et Mara, les jeunes héros du film, vont enfin se marier après avoir forniqué dans tous les coins (les champs de blé, les granges et même le silo à grains). Le
père de la mariée n’a pas lésiné. Il a tué un veau, des cochons, des moutons. L’orchestre tzigane est là, entraînant la noce joyeuse vers des agapes monstrueuses. Mais soudain, le maire arrive
accompagné d’un militaire soviétique et de son interprète : Staline vient de mourir, un deuil national de huit jours est instauré, plus de mariage, plus de musique et plus de rires,
sinon la répression sera terrible.
Mais c’est sans compter sur le goût de la fête des villageois qui ne peuvent se résoudre à gâcher tant de bonne chère. Alors commence la séquence clé du film, une
noce silencieuse surréaliste : les convives condamnés à manger sans bruit, à mimer les rires et les engueulades, le téléphone arabe paillard, les musiciens faisant semblant de jouer ;
sans doute le symbole de la résistance d’un peuple plein de vitalité contre l’occupation qui essaie de l’étouffer et de le réduire au silence.
Horatiu Malaele, acteur célèbre en Roumanie, a réussi avec ce premier film à nous parler de l’histoire de son pays avec une œuvre à la fois burlesque et dramatique.
Une preuve de plus de la vitalité du nouveau cinéma roumain qui peut produire des films graves comme La mort de Dante Lazarescu ou 4 mois,3 semaines, 2 jours et des
opus à l’humour ravageur comme 13h10 à l’Est de Bucarest et Au diable Staline, vive les
mariés.
Avec : Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo, Yeong Hie-seo…
Sélection officielle, hors compétition, au Festival de Cannes 2008
Grand Prix Action Asia au festival du
Film Asiatique de Deauville 2009.
L’ex-détective Joong-ho est devenu proxénète. Chaque
soir, il reçoit les appels de clients anonymes à qui il envoie ses filles, comme la jeune Mi-jin. Furieux parce que certaines d’entre elles se sont enfuies sans payer leurs dettes, il réalise
bientôt qu’elles avaient toutes rencontré le même client avant de disparaître, identifié uniquement par son numéro de téléphone. Joong-ho va reprendre du service et se lancer dans une chasse à
l’homme rythmée par l’espoir de retrouver Mi-jin vivante…
C’est un véritable thriller, du vrai polar, sanglant, noir et brillant que Cinémanie vous propose pour cette
dernière programmation avant l’été et ce genre est trop rare pour ne pas le souligner. Dans un style qui n’est pas sans rappeler le Seven de David Fincher, Na Hong-jin
présente un premier film oppressant et bouleversant.
Tous les ingrédients sont réunis pour assister à un polar dans le pur style américain : un ex-flic insensible
et immoral, des prostituées, un tueur en série, une chasse à l’homme… On se dit rapidement qu’on a déjà vu cela mille fois. Et pourtant ! Le génie de Na Hong-jin fait son effet dès le début
en s’amusant à casser les codes du genre et à retourner la situation originelle au bout de 15 minutes. L’histoire prendra alors une autre ampleur en devenant encore plus oppressante
et angoissante. Spectateurs impuissants, nous assisterons au destin tragique de ces personnages. Comme Joong-Ho, cet ex-flic qui va chercher la rédemption, il faudra beaucoup d’efforts pour
échapper à la mécanique machiavélique mise en place. Nous devrons régulièrement faire face à des impasses et nous replonger dans les ruelles labyrinthiques, obscures et pluvieuses de ce quartier
surplombant le centre ville illuminé de Séoul.
Mais il serait réducteur de ne vanter les mérites de ce film qu’en évoquant cette astuce
scénaristique. L’adrénaline ici est coréenne et chaque plan nous le rappelle. Les expressions des personnages sont différentes de ce que l’on a pu voir précédemment et les plus beaux moments sont
sans aucun doute les rencontres entre Joong-ho et Young-min. La satire sociale et l’humour caricatural sont mis en avant (la police, comme souvent dans les films asiatiques, est ridicule et
incompétente). Quant à la violence, sanglante de surcroît, elle ne nous est pas épargnée (beaucoup se souviendront longtemps de la scène de la salle de bain).
Le réalisateur tient son film avec une efficacité remarquable et maintient une tension de bout en bout. Quelques
courses poursuites, filmées caméra sur l’épaule, créent de surprenantes ruptures de rythme et nous permettent d’apprécier une photo très travaillée et
impeccable.
The Chaser est une claque hallucinante. On sort sonné de la projection, littéralement
retourné par tant d’intelligence et de
cynisme.
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