CINÉMANIE est un ciné-club associatif qui permet la diffusion de films
d'auteurs,
en partenariat avec le CINE- CASINO
d'Auxerre. L'association se réunit tous les premiers mardis du mois au Foyer des Jeunes Travailleursà Auxerre à 18h30
(plan
mappy) Contacts : Cinémanie
350 rue du stade 89000 St-Georges s/B Tel : 03 86 48 10 68
Lors de la réunion de programmation du 12 octobre 2009, les 12 personnes présentes ont établiune liste de 11 films ;
Les 7 titres du tableau suivant ont été retenus par le Ciné-casino
Scénario : Jacques Rivette, Christine Laurent, Pascal Bonnitzer.
Avec : Jane Birkin, Sergio Castellitto, AndréMarcon, Jacques Bonnaffé, Julie
Parmentier...
Des films de Rivette passés à Auxerre :La Religieuse; La Bande des quatre ; La Belle noiseuse ; Jeanne la Pucelle, les batailles ; Jeanne la Pucelle, les prisons ;
Ne touchez pas à la hache…..entre autres.
À la veille de la tournée d’été, le propriétaire et fondateur d’un petit cirque décède brutalement. La troupe,
pour essayer de sauver la situation, décide de faire appel à sa fille aînée Kate (J. Birkin). Bien que cette dernière ait quitté le cirque depuis une quinzaine d’années, elle accepte,
à la surprise générale, de mettre fin, provisoirement, à ses activités actuelles et de les rejoindre.
Vous allez voir la piste aux étoiles, une toute petite piste aux étoiles donnée au pied d’une montagnette des
Cévennes, dans un petit village plus que calme… mais où sont donc passés les éventuels spectateurs ? et les touristes ? Cependant, il y a tout pour faire un cirque : le lanceur de
couteaux, le trapèze du risque (est-il bien accroché ?), les clowns forcément tristes qui, derrière leur maquillage outrancier, ravalent leurs hantises et les ratés de leur propre existence,
la petite trapéziste, jamais dans les airs, pleine de fougue et de jeunesse. Il y a Kate qui traîne sa misère affective en cherchant des couleurs pour teindre la laine. Elle est meurtrie
mais elle fait l’effort de revenir dans le cirque pour qu’il ne meure pas prématurément comme son père, le patron. Et ce retour vers la cause de ses douleurs sera peut-être
salvateur !!!
Et puis il y a le « play boy », Vittorio (Sergio Castellitto) envoûtant, charmeur, charismatique
dans sa belle auto. Il illumine l’écran de son accent, de sa joie, de sa drôlerie malgré un choix de vie étrange. Personnage mystérieux, à la fois passeur, intercesseur, sauveur, spectateur
unique et privilégié dans le cirque. Il va s’insérer délicatement dans ce mini univers, partager son humanité et chercher à percer un mystère, celui de la princesse triste.
Film déroutant, poétique, burlesque et empreint d’une
douce mélancolie. C’est du Rivette : intelligent, drôle, d’une grande fraîcheur d’esprit tout en conservant une grande profondeur et beaucoup de gravité.
Avec : Zohar Strauss, Ran Danker, Tinkerbell, Tzahi Grad...
Voici le premier long métrage de ce réalisateur israélien, né en 1975, qui a fait ses études de cinéma à l'Université de Tel-Aviv. « Tu n'aimeras
point est un projet qui a mûri et évolué pendant sept ans » (H. Tabakman, interview réalisée par le C.N.C.)
Aaron est boucher dans la communauté juive ultra-orthodoxe de Jérusalem. Il est marié, père de quatre enfants. Un jour, lui arrive Ezri, étudiant en quête d'un toit
et d'un travail. Il l'embauche, en tombe amoureux.
Dans la religion juive, les croyants doivent respecter les nombreuses Mitzvot (prescriptions) d'un Livre de Maïmonide datant du 12e siècle, le Sefer
Hamitzvot.
Au début, les amants vivent leur passion en secret. Le rabbin explique : Dieu n'a pas créé un monde défectueux, le défaut n'existe pas –le défaut, ici, étant
l'homosexualité.
Si elle n'existe pas, comment la vivre ?
Aaron est déchiré entre l'amour solide qui le lie à son épouse, Rivka, et sa liaison avec Ezri, qui finit par être connue de la communauté. En effet, tout le monde
sait tout et chacun surveille l'autre en permanence dans ce microcosme étouffant. Le rabbin intervient, remet les égarés sur le chemin. Ses arguments : Dieu ne cherche pas à nous perdre, au
contraire. S'il nous inflige des épreuves, c'est qu'elles sont surmontables. Le pécheur, en surmontant ses épreuves avec humilité, devient un juste. Aaron est un humble, ce qui nous
touche encore plus.
Ce qui frappe dans ce film, c'est la sobriété, presque la rudesse du traitement. Pas une once de mélodrame. Le déchirement d'Aaron n'en apparaît que plus fort. On
est loin des scènes de désespoir hystérique de certains personnages d'Amos Gitaï.
Chaque geste d'Aaron et Ezri est symbolique, que ce soit dans un contexte religieux (le rite de purification) ou professionnel (efforts physiques, ensemble à la
boucherie). Ils apparaissent globalement comme des gestes de compagnonnage, mais dont la frontière ténue basculera du côté de la sensualité, de la sexualité.
Il est question de chair dès le début : premiers plans sur la boucherie. Le désir vient ensuite, quelle que soit la brutalité du symbole. Et on y croit.
Rivka, l'épouse, est en retrait pendant la majeure partie du film, souffrant en silence, restant dignement à sa place. Mais quelle est-elle, cette place ? Dans la
culture juive, la femme est l'axe, la courroie de transmission. Au plus profond d'elle, Rivka le sait, et tient bon. D'ailleurs, lorsque Aaron sera brisé par la pression religieuse, c'est lui qui
implorera Rivka : « Protège-moi ».
Ce film très humain, à l'écriture absente de toute gratuité, donne à sentir tout un versant de la culture israélienne resté tabou au cinéma. (Tu n'aimeras
point a été tourné en secret dans le quartier des ultra-orthodoxes de Jérusalem).
De quoi enrichir notre regard, et découvrir un jeune réalisateur talentueux.
Avec : Golshifteh Farhadi, Taraneh Alidousti, Shahab Hosseyni ...
Ours d’argent au Festival de Berlin
2009
Une bande d’amis, ─ 4 couples et leurs enfants─, partent passer un joyeux week-end au bord de la mer
Caspienne. Ils s’installent dans une maison un peu laissée à l’abandon, mais s’en accommodent avec gaîté. On mange, on danse, on fume. Une personne intrigue un peu tout le monde
« Pourquoi avoir invité Elly ? », elle est un peu en retrait du groupe. Pourquoi faire croire à celle qui loue la maison qu’Elly et Ahmad sont des jeunes mariés et
passent quelques jours avant de repartir en Allemagne ?
Le mystère s’installe et ira en s’épaississant quand Elly disparaîtra le deuxième jour. Est-elle repartie comme
c’était son intention ? A-t-elle eu un accident ? Au fait qui est Elly ? Quel est son nom de famille ? Autant de questions auxquelles Sedipeh ne
veut ni ne peut répondre. Les mensonges commencent à s’accumuler et la loyauté entre les amis se fissure, très vite la discorde envahit le groupe, chacun rejette la faute sur
l’autre. La tension, l’angoisse montent dans les huis clos de la maison dominée par la mer déchaînée.
Le bruit de la mer est très bien utilisé comme contrepoint à la montée du drame. La mer devient un personnage
qui va intervenir dans la vie du groupe et perturber le week-end de détente.
La maison, la mer déchaînée, une voiture qui s’enlise dans le sable de la plage sont autant de métaphores de cette
jeunesse iranienne de la classe moyenne qui se veut libre et au-dessus des contraintes religieuses et sociales. Le drame fait revenir les rapports de force et de hiérarchie hérités d’un
pesant passé. Les individus se croient libres mais ils sont dominés par une force plus puissante qu’eux et qui cadenasse leur vie. Tradition ? Dictature ?
Ce film commence comme un film de Claude Sautet : une bande de copains va passer un super week-end au bord de
la mer et se termine comme L’Aventura d’Antonioni : le vide laissé par la disparition d’Elly révèle le vide, ou plutôt, le poids de la société.
Le metteur en scène a l’élégance de ne pas trancher ni de suggérer une quelconque morale. Il nous laisse
regarder ses protagonistes se débattre, s’interroger, se taire. L’interprétation des acteurs est parfaite, le scénario est précis, pas un instant l’attention ne faiblit, la caméra est
fluide et son mouvement suit l’affolement des sentiments et le déchaînement de la mer accentue le désarroi du groupe d’amis.
Un plaisir supplémentaire nous est communiqué par la beauté des actrices et de toute la bande d’acteurs dont le
jeu, plein de retenue, est juste et émouvant.
Ce film vous permettra de voir l’Iran, sous un autre angle et dans toute sa complexité, au travers de
la vie quotidienne de sa jeunesse coincée dans un espace de liberté très limité.
France / Grande-Bretagne —2008 Durée : 1h28 ; sortie fin septembre 2009
Réalisation : Rachid Bouchareb
Avec : Brenda Blethyn, Sotigui Kouyaté, Sami Bouajila, Roschdy Zem ...
Prix du meilleur acteur au Festival
de
Berlin 2009 pour Sotigui
Kouyaté
Elizabeth, agricultrice sur l’île de Guernesey,vit depuis plusieurs jours
dans l’angoisse. Sa fille, partie à Londres terminerses études, ne répond plus au téléphone, et la télévision diffuse en boucle les images
terrifiantes de la série d’attentats intervenus, cet été-là, dans le métro et dans un bus londonien. N’y tenant plus, elle se résout à partir pour Londres, à la recherche de sa
fille.
Au même moment, Ousmane, grand vieillardd’origine malienne à la démarche
lente, arrive lui aussi à Londres. Depuis quinze ans, il travaille comme forestier en France, sans pouvoir retourner au pays.
Sa femme, restée au Mali, inquiète de ne plus avoir de nouvelles de leur fils, ce fils qu’il n’a pas vu grandir,
lui a demandé, par téléphone, de le retrouver.
Tous deux, paniqués et peu accoutumés à l’agitation urbaine, vont se croiser,
se recroiser dans les mêmes lieux : hôpital, commissariat, morgue… et même à la mosquée où la fille d’Elizabeth prend des cours d’arabe. Elle n’en finit
pas d’être horrifiée, Elizabeth… Elle découvre que sa fille vit dans un endroit qui « grouille de musulmans », au dessus d’une boucherie hallal.
La présence obstinée d’Ousmane l’indispose,mais lui fait comprendre peu à
peu ce qui lui paraît d’abord impensable : que les deux jeunes gens se connaissent intimement.
Deux acteurs exceptionnels prêtent leurs talents à ces deux personnages si différents, qui n’auraient
jamais dû se rencontrer : Brenda Blethyn que nous avions vu dans Mensonges et sentiments, et Sotigui Kouyaté vu dans Little Sénégal du même Rachid Bouchareb. L’une
parle, l’autre pas ; l’une s’agite, l’autre promène sa silhouette longiligne et digne, sans exprimer la peur qui l’étreint. Tous les deux, la "chrétienne" et le "musulman", vont évoluer en
se découvrant l’un l’autre, peu à peu, et tisser une amitié très touchante.
Rachid Bouchareb, après Indigènes, présentéà Cannes en 2006
avec le succès que l’on sait, nous offre là un film émouvant, profondément humain. J’ai beaucoup aimé ce joli film simple et exempt de démagogie. Il nous fait comprendre aussi, sans jamais tomber
dans le mélodrame racoleur, la profonde solitude des proches des victimes de ces drames très médiatisés.
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