Apprivoise-moi...
VERSAILLES
France -- Sortie : août 2008
Durée : 1h53
Réalisation : Pierre Schoeller
Avec : Guillaume Depardieu, Aure Atika,
Max Baissette
de Malglaive,
Judith
Chemla, Patrick Descamps…
Loin des ors du château, Versailles se déroule en grande partie dans l'ombre des bois situés derrière les jardins royaux. D'abord, il
y a Nina, qui vit dans la rue avec son fils Enzo. Elle fuit à travers bois à la recherche d'un abri de fortune. C'est là qu'apparaît Damien, exclu lui aussi, réfugié dans une cabane au fond des
bois de Versailles. Il accueille Nina et Enzo. Le lendemain, Nina a disparu, abandonnant son fils à Damien.
Damien et Enzo vont s'apprivoiser peu à peu, comme deux animaux sauvages. Le grand apprend au petit les règles de la survie : se
nourrir, se chauffer, se laver... Un attachement naît et se développe entre eux.
Enzo a l'âge d'aller à l'école. Comment faire ? Damien décide de retourner chez ses parents, avec qui il avait rompu depuis longtemps,
et fait passer Enzo pour son fils. Là, commence la seconde partie. On sort de l'ombre des exclus, pour se retrouver dans la société des gens propres, qui dorment dans une chambre, mangent de
vrais repas et partent au travail tous les matins... Mais les choses ne seront pas si simples, pour aucun des trois.
Ce film est tout en contrastes : l'ombre (première partie : les exclus),
la netteté (seconde partie : dans la société). Le château de Versailles joue fortement son rôle de symbole, surtout dans une scène : Damien
étant malade, Enzo part chercher du secours. Il galope jusqu'au château, et la caméra cadre soudain l'escalier monumental en
pleine lumière, tel une montagne que l'enfant gravit, fétu perdu dans tant de grandeur et d'opulence ; lorsqu'il se heurte aux touristes, ceux-ci
ressemblent à des objets non identifiés,
jusqu'à l'employé déguisé en laquais perruqué et poudré, et la séquence bascule dans un surréalisme emprunt de désespoir.
La force du film, c'est sa rudesse et sa sensibilité. Guillaume Depardieu
fait merveille dans les deux. Quant à Max Baissette de Malglaive (Enzo), il surprend par sa sobriété et sa justesse, lui aussi. Guillaume Depardieu
et lui – le grand et le petit bonhomme – atteignent à une complicité professionnelle
extraordinaire pour exprimer l'essentiel du film : le lien fort et étrange qui se tisse entre leurs deux personnages. Drôle de fable,
qui montre des trajectoires inattendues, dans une société – celle d'aujourd'hui – où chacun semble souvent être enfermé dans une case inamovible : les insérés dans la société, les exclus en
dehors.
Guillaume Depardieu incarne intensément son personnage. Cette énergie de
la survie, qui est celle de Damien, nul doute que l'acteur a dû la vivre lui-même de l'intérieur depuis quelques années, à travers les événements tragiques qui l'ont frappé, jusqu'à sa disparition brutale le 13 octobre dernier. Il avait pris une grande dimension d'acteur, en particulier avec le film Ne touchez pas la hache de Jacques Rivette (2007).
Reste à le découvrir absolument dans Versailles. Il apparaîtra encore sur les écrans
prochainement dans ses deux derniers films : Stella de Sylvie Verheyde et Les inséparables de Christine Dory. Il nous manquera.
Hélène Perret
Horaires des séances
jeu. 27 Novembre
19h45
ven. 28 Novembre 14h00
sam. 29 Novembre 16h30
dim. 30 Novembre
19h45
lun. 01 Décembre 16h30
mar. 02 Décembre 19h45
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